Hubert Guériau exerce depuis 1995 ses activités de conseil en Relation Presse et en Journalisme pour les acteurs du sport d’aujourd’hui : organisateurs d’événements sportifs, fédération sportive, service des sports de collectivités locales. Sa société, Guériau Conseil, réalise pour ces acteurs du sport des publications d’information, prend en charge la relation presse d’une compétition sportive et intervient comme chef de presse sur des événements internationaux. Il a aussi développé une activité de conseil aux sportifs de haut niveau : il gère les intérêts de la championne olympique de gymnastique, Emilie Le Pennec. Agé de 39 ans, il travaille et vit aujourd’hui à Vittel (Vosges) avec sa femme et ses deux fillettes.

Lorsque les footballeurs faisaient HEC
21 avril 1982. Je me vautre au virage d’une allée poussiéreuse derrière l’immeuble où je vis. J’ai treize ans et un bout de lèvre pendille après avoir goûté du guidon. Quelques points et – ouf – le lendemain je pourrai filer avec mon père et mes potes voir Michel PLATINI. Après avoir sauté, hurlé un soir de novembre, lorsque le ballon contourna toute la Hollande pour envoyer la France en Espagne, je n’ai dieu que pour lui.

L’hôtel Valbièvre surplombe le Parc d’HEC, à Jouy en Josas. Depuis quelques années, il accueille les rassemblements de l’équipe de France. L’hôtel est un monument des Seventies et la bande à Platini investit les lieux avant chaque rencontre internationale, surtout celles disputées au Parc. Un jour d’avril 1982, avant un France – Pérou, mon père nous embarque dans sa 304 bleue métal, mes trois potes direction l’hôtel des Bleus. Point de barrière ou d’agents de la sécurité, c’est un moulin à vent et pourtant il n’y a jamais grand monde, pour ne pas dire personne. Les joueurs déambulent dans le hall de l’hôtel et sont très accessibles. Je collectionne ainsi les autographes des Platini, Giresse, Tigana, Castaneda, Tresor, Lopez, Rocheteau, Six (qui me passera la main dans les cheveux)... Et mon père me lance « vous n’êtes pas caps de demander à Hidalgo de vous emmener au parc ce soir ! » Je ne suis pourtant pas très dégourdi mais je fonce vers Michel Hidalgo qui m’écoute religieusement : il ne dit pas non mais il ne dit pas oui. L’après-midi s’égrène devant le défilé des joueurs, des Larios, Genghini, Castaneda, de Zimaco, de Bravo, Amoros aussi.

Puis sur les coups de 18h, le bus des Bleus se gare devant l’entrée : pas d’autocollants ou de posters, c’est un bus anonyme. Dernière photo avec Platini, comme souvent dans ces cas là le photographe tremblera et manquera l’essentiel… Enfin, l’essentiel allait venir… La porte du bus se referme et nous sommes devant, déjà heureux d’avoir pu discutailler avec nos idoles. C’est alors que la porte s’ouvre et que Monsieur Hidalgo nous lance : « allez grimper là-dedans, on vous emmène. » Georges Boulogne, imminent personnage du football tricolore, donnera des consignes à mon père pour nous récupérer après le match. Je grimpe dans le bus et tous ses survêtements bleus : il y a une place de libre à côté de Michel Platini. Je ne me démonte pas et lui demande si je peux m’asseoir. Je me souviens encore de son visage me disant : « bah c’est la place de Michel Hidalgo. » J’entends alors Michel Hidalgo, mains sur les hanches : « non seulement on les emmène au Parc mais en plus ils veulent me piquer ma place. » Rires dans le bus. Je file docilement au fond du bus avec Couriol, Amoros, Bravo et, sur place centrale, Jean-François Larios et ses grandes jambes. Je me souviens d’ailleurs de ses cicatrices sur les genoux. Ca m’avait vraiment impressionné. Et nous voilà parti avec deux gendarmes en escorte par la N118 et la descente vers le Parc. Mon père, après les conseils avisés de Georges Boulogne au pied du bus, nous retrouvera en tribunes. Le lendemain, nous étions les héros de tout le collège de Cressely – dans les Yvelines –.

Plus de vingt ans après, lors d’une étape du Tour de France à Saint-Léonard du Noblat, la bourgade chère à Poulidor, Michel Hidalgo est l’un des invités de la Grande Boucle. J’attends qu’il soit moins entouré et profite de l’occasion pour lui narrer ma belle histoire. Je lui explique qu’il s’agit d’un acte fondateur et que ce jour là, il a rendu fou de bonheur une bande de gamins. Je le remercie chaleureusement et lui, les larmes aux yeux, m’étreint pour ce témoignage qui l’a rempli de nostalgie.